Couverture du journal du 25/09/2020 Consulter le journal

Crise : comment sauver les petites entreprises ?

Elles sont au cœur de toutes les inquiétudes : comment aider les petites entreprises, réputées plus fragiles, à surmonter cette crise ? La présidente du Conseil régional mise sur une levée de fonds publics et privés. Explications et réactions du monde économique.

oël Fourny, président de la CMA Pays de la Loire et Yann Trichard, président de la CCI Nantes St-Nazaire

En complément de son plan d’urgence économique de 56 M€ annoncé la semaine dernière, le Conseil régional des Pays de la Loire a lancé « une levée de fonds publics et privés pour venir en aide aux artisans, commerçants, associations et petites entreprises », peut-on lire dans un communiqué de presse du 27 mars.

Considérant que, d’une part les petites entreprises constituent « le poumon de la vie économique » et que, d’autre part, elles sont plus exposées à la faillite car « sans fonds propres ni grandes capacités financières », la Région souhaite en effet mettre en place un dispositif complémentaire au Fonds de solidarité nationale créé par l’État et doté de 1 Md€, auquel les Régions contribuent à hauteur de 250 M€.

La présidente de la Région a donc lancé une souscription, tant auprès des collectivités que des entreprises et des particuliers qui peuvent d’ores et déjà se manifester via une adresse dédiée : sauvons-nos-petites-entreprises@paysdelaloire.fr. « Si on s’y met tous ensemble, on peut réussir à prépare le rebond, avec un seul but : sauver nos petites entreprises régionales de la faillite et sauver nos emplois », affirme Christelle Morançais.

Si les contours de ce dispositif sont encore flous et les critères de distribution non stabilisés au moment où nous bouclons cette édition, le Conseil régional souhaite en tout cas que ce fonds, qu’il gérera, soit fléché vers les TPE de moins de 150K€ de CA, qui trouvent assez mal leur place dans les aides déjà en place.

Soutenir les emplois

Qu’en pensent les chambres consulaires représentant les principaux intéressés ? Président de la Chambre de métiers et de l’artisanat des Pays de la Loire, Joël Fourny se dit favorable à cette souscription, « mais il ne faut pas que ce soit un cumul d’aides. Il faut que ce fonds permette de travailler sur les trous dans la raquette. Notamment, vers les entreprises ne vont pas pouvoir bénéficier des dispositifs bancaires comme les prêts de trésorerie parce qu’elles ont des problèmes de rentabilité ou un taux d’endettement important. »

Du côté de la Chambre de commerce et d’industrie, Yann Trichard résume : « on est tous dans une situation qu’on n’a jamais connue. Le plus important, c’est qu’il y a des systèmes d’accompagnement qui ont été pris par l’État et abondés par la Région pour aider les entreprises à passer cette période et c’est très bien. » Le président de la CCI Nantes St-Nazaire se dit pour sa part « favorable au travail sur la reprise de l’activité pour soutenir l’emploi. Il faut qu’on invente des systèmes qui permettent de redynamiser l’activité économique. Pourquoi pas dédier des fonds d’investissement pour aider les entreprises d’au moins un salarié ? Mais alors non pas sous forme d’avance remboursable, mais sous forme de capital. Je ne pense pas à l’économie, je pense à l’emploi, dit-il encore, une fois que l’État ne garantira plus les choses ». Pour lui, des dispositifs existent déjà*, il faut s’appuyer dessus.

À l’inverse, le président de la CMA des Pays de la Loire pense qu’« il faut soutenir toutes les entreprises, même celles qui n’ont pas de salariés. » Et d’évoquer les métiers d’art, qui sont le plus souvent des sociétés unipersonnelles. « Je pense qu’il y a un patrimoine vivant qu’on ne peut pas laisser tomber, un savoir-faire qu’il faut préserver. »

Tirer les leçons, capitaliser et rebondir

Travaillant d’ores et déjà sur la phase de rebond, les deux chambres consulaires insistent sur la phase post-confinement. « Il va falloir accompagner le redémarrage, martèle Yann Trichard. Je suis convaincu qu’il est quasiment impossible de faire de l’accompagnement individuel dans la mesure où il y a trop d’entreprises. Le redéploiement passera par le travail avec les entités locales représentatives des entreprises : les associations de commerçants, de chefs d’entreprise, la chambre d’industrie, la chambre de métiers et la chambre d’agriculture. » Et Joël Fourny de confirmer : « On étudie des solutions pour voir comment laisser de la marge de manœuvre sur le volet financier, économique et ressources humaines, pour permettre aux entreprises artisanales de repartir dans de bonnes conditions, en se focalisant sur la fabrication et la commercialisation de leurs produits. » Le président de la CMA estime aussi qu’il va falloir tirer les leçons de tout ce qui a été imaginé durant cette période de confinement, en termes de mutualisation notamment. « On n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise de même nature, il faut capitaliser sur ce qui a été mis en place. On voit par exemple que les entreprises avancées sur le volet numérique ont eu plus de possibilités de s’adapter. Il va falloir encore plus inciter les autres à y aller. »

*La souscription au capital de PME, sous certaines conditions, permet de bénéficier d’une réduction d’impôt. Plus d’infos sur www.impots.gouv.fr


Le plan d’urgence de l’Adie

Parmi les millions d’entrepreneurs impactés par l’arrêt ou le ralentissement brutal de leur activité à cause du confinement, ceux accompagnés par l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie) sont parmi les plus exposés car ils n’ont pas accès au crédit bancaire.

L’équipe régionale de l’Adie prend actuellement contact, par téléphone, avec chacun des 1400 travailleurs indépendants ligériens en cours d’accompagnement. En complément des mesures gouvernementales qu’elle s’efforce d’expliquer et afin de préparer, dès maintenant, les conditions d’une reprise de l’activité, l’association déploie un plan d’urgence :

  • une procédure accélérée de report d’échéance et de rééchelonnement est systématiquement proposée aux entrepreneurs faisant part d’une crainte quant à leur capacité à rembourser leurs mensualités ;
  • pour les entrepreneurs confrontés à des problèmes de trésorerie, l’Adie met en place un dispositif de crédit de trésorerie, financé sur fonds propres, pour couvrir les situations d’urgence.

Même si ses bureaux sont fermés, l’association reste joignable durant cette période de confinement au 02 28 27 18 02 ou sur paysdelaloire@adie.org.