Couverture du journal du 25/09/2020 Consulter le journal

Cap Réussite mise sur le mentorat

Sur le territoire, le mentorat de chefs d’entreprise se développe. Aux côtés d’autres acteurs, Cap Réussite intervient depuis trois ans pour accompagner la création/reprise d’entreprise et son primo-développement.

Cap Réussite est née de la rencontre entre deux personnalités : Catherine Le Davay et André Rodriguez. La première est directrice de l’association Asartis. Implantée à Angers depuis 1972 et forte de 150 personnes, celle-ci propose aux dirigeants de plus de 5000 TPE et PME des Pays de la Loire un accompagnement (pilotage et développement de l’activité, expertise-comptable, conseil juridique…) pour les aider à pérenniser leur activité. Le second, ancien dirigeant d’une ETI internationale, acteur engagé sur le territoire (il est le cofondateur de Decoll’ton Job) est aussi mentor depuis plus de vingt ans. 

Trois mentorats possibles

« Je m’intéressais au mentorat au Canada, explique Catherine Le Davay, comme outil de développement local, et je constatais que le dirigeant d’une jeune entreprise est hyper sollicité au début. Il a besoin de voir grand pour pérenniser son activité et souvent cette deuxième phase est compliquée. Au Canada, j’ai vu que le mentorat tirait vers le haut et fiabilisait beaucoup d’entreprises, en leur ouvrant des portes. Et puis j’y ai vu une forme d’économie circulaire : on redonne au territoire un capital de connaissances. » Asartis a alors créé en 2016 un fonds de dotation indépendant : Cap Réussite. 

L’initiative met en relation, gratuitement, des dirigeants expérimentés avec de jeunes entrepreneurs. Pour y accéder, une seule porte d’entrée : un concours « ouvert à tout le monde, pour tout type d’activités et quelle que soit la taille de l’entreprise », précise Catherine Le Davay (lire l’encadré). Trois mentorats sont possibles : Créateurs, « Over the cap » (phase de primo-développement), le dernier, actuellement en phase d’expérimentation, est dédié aux repreneurs.

Une charte « de la bonne relation mentorale »

Pour fonctionner, le mentorat répond à des règles de fonctionnement précises. Une charte « de la bonne relation mentorale » est ainsi communiquée aux deux parties. Pour le mentoré, l’expérience nécessite bien entendu d’être ouvert à l’échange. « Il ne faut pas d’ego surdimensionné, quelqu’un qui n’écoute pas », avertit Catherine Le Davay. S’agissant du mentor, « il doit être à l’écoute, il challenge l’entreprise, mais ne donne pas de conseils. » Il est aussi désintéressé : il s’engage à ne prendre aucune participation financière dans l’entreprise durant la relation. « Pour lui aussi c’est un enrichissement : le jeune entrepreneur transfère ses idées, c’est un vrai bol d’air frais. » Autre point de vigilance pour Cap Réussite : la sélection des mentors. « Cela prend du temps car on ne choisit que des personnes en activité. C’est important pour la partie réseau », souligne-t-elle. Une expérience d’au moins cinq ans, traduisant une réussite, est par ailleurs demandée.

Côté bilan, une trentaine de mentorés sont passés par Cap Réussite depuis trois ans. « On ne cherche pas à faire du nombre, souligne Catherine Le Davay. En revanche, on a remarqué qu’il s’agit majoritairement de femmes, à 60%. Peut-être parce qu’elles sont plus ouvertes à cet échange ? » 

Forte de ces résultats, la cofondatrice de Cap Réussite souhaite ajouter une brique au dispositif, avec la création d’une académie du mentorat qu’elle définit comme « un parcours d’entraînement au métier de dirigeant pour l’aider à se développer ». Constitué d’ateliers, il devrait voir le jour au second semestre. Car, estime-t-elle, « la problématique en France aujourd’hui et sur le territoire, ce n’est pas de créer, c’est de développer. »

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Deux concours par an

Le concours Cap Réussite s’adresse aux créateurs ou repreneurs d’entreprise depuis moins de trois ans, en Loire-Atlantique et Maine-et-Loire.
Deux sessions annuelles sont organisées à Nantes. Malheureusement impactée comme tout le reste de l’économie par l’épidémie de coronavirus, la 9e édition du concours, prévue initialement le 2 avril, est reportée à une date pour le moment inconnue*.
Après un premier filtre de sélection des dossiers en fonction de critères tels que « le talent entrepreneurial », l’intérêt du produit ou service par rapport à la demande et à la concurrence ou encore la faisabilité économique et financière du projet, les candidats présélectionnés viennent présenter leur projet devant un jury. Lors de la remise des prix, un mentor est attribué pour chaque lauréat.

*Plus d’infos : www.capreussite.net

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Eva Corfmat, créatrice de la marque de cosmétiques bio au thé blanc Léonia, mentorée Cap Réussite

« J’ai passé le concours Cap Réussite pour gagner un an de mentorat en octobre 2018. Lauréate, j’ai été mentorée par Christine Hoor, coach professionnelle qui avait travaillé auparavant dans l’univers de la beauté. Quand on a commencé le mentorat, j’en étais au tout début de l’aventure Léonia. J’avais réalisé le business plan, l’étude de marché et suivi une formation à la BGE. J’avais aussi choisi mes prestataires, mais j’étais en cours de formulation pour mes premiers produits de beauté. 

Nous avons échangé durant une dizaine de rendez-vous pendant l’année. On a parlé de tout : ma stratégie, le développement commercial, mes galères, la gestion de mon temps et du stress… Ces échanges ont été chaque fois pour moi l’occasion de faire une pause, de prendre du recul sur mon activité. Parfois, on ne sait pas si on va dans la bonne direction et, en en discutant avec ma mentor, tout devenait beaucoup plus clair. Ça m’a permis d’avoir une vision panoramique de mon activité, de prendre certaines décisions plus rapidement, donné des idées et des contacts aussi. Et puis, ces rendez-vous m’ont aussi motivée, rassurée, car j’avais tendance à regarder tout ce qu’il restait à faire, sans regarder le chemin parcouru.
À l’issue de mon mentorat, au début de cette année, la marque existait. J’ai lancé une campagne de crowdfunding avec mes trois premiers produits qui a bien fonctionné, lancé mon site Internet et j’ai commencé à implanter Léonia auprès d’un réseau de distribution. L’expérience du mentorat a tellement été positive que je vais en faire un second pour la partie développement ! »