Couverture du journal du 20/11/2020 Consulter le journal

Commerce de proximité : L’union sacrée pour sauver Noël

Après la colère et pour y répondre, l’action. Après la décision du gouvernement de fermer les petits commerces dits « non essentiels » dans le cadre du confinement, les associations de commerçants, CCI et élus veulent accélérer la vente en ligne et la promotion sous d’autres formes. En comptant sur une solidarité des consommateurs, appelés à se mobiliser.

COMMERCE CENTRE VILLE Nantes

© I.J

L’incompréhension est palpable, la peur également. Si « la mise en place d’aides financières par le gouvernement face à la crise sanitaire a été bien réalisée, l’accompagnement du reconfinement a été loupé. Il n’est pas encore trop tard, mais il faut agir maintenant », constate Jean-Luc Cadio. Le président de la CPME 44 met en avant une forme « d’injustice » dans les traitements différenciés des grandes surfaces, autorisées à ouvrir et des commerces de proximité considérés comme « non essentiels » administrativement fermés. « Ce ne sont pas dans les petits commerces qu’on attrape le Covid, estime Olivier Dardé, président de l’association nantaise Plein centre, qui représente 400 commerces du centre-ville nantais. Pourquoi aurait-on plus de risques en allant chercher une paire de chaussures chez un commerçant qui prend des précautions, qui a un protocole sanitaire strict, que d’aller dans une grande surface dans laquelle toutes ces conditions de sécurité ne sont pas toujours remplies ? », interroge-t-il.

La décision gouvernementale de fermer les rayons des grandes surfaces vendant des produits dits « non essentiels » afin de favoriser l’équité n’a pas vraiment mis de baume au cœur des commerçants. Elle comporte d’autres risques non négligeables, selon Plein centre. « Cette solution n’est pas celle que j’aurais prise, les consommateurs risquent de se tourner plus massivement vers les grandes plateformes de vente en ligne comme Amazon. » Que faire alors pour les détourner d’une machine si bien huilée et très visible ? Tenter de combattre les géants du net sur leur propre terrain, en misant sur le e-commerce local est la première stratégie. Dès le 30 octobre, premier jour du reconfinement, la nécessité d’un plan d’attaque a d’ailleurs été mise sur la table, lors d’une réunion suscitée par la Ville avec Plein centre, l’Unacod (Union nantaise du commerce de détail, représentant les commerçants situés hors centre-ville), la CCI Nantes St-Nazaire, ainsi que Gildas Salaün, ajoint à la maire de Nantes et délégué aux Commerces et à la ville la nuit.

UNE PÉRIODE À FORT ENJEU

« Noël représente environ 30% en moyenne du chiffre d’affaires des petits commerces, qui, pour la plupart, avaient déjà prévu leur stock de produits en prévision de cette période », résume Olivier Dardé. Les écouler pour sauver une trésorerie mise à mal, même avec les aides gouvernementales, est une nécessité.

Pour Yann Trichard, président de la CCI Nantes St-Nazaire, il faut néanmoins rester optimiste sur les capacités de rebond des entreprises, « qui misent de plus en plus sur le digital pour vendre », même si un long chemin reste encore à faire. Pour lui, l’augmentation du nombre de commerces présents sur MaVille MonShopping.fr, plateforme de vente en ligne axée sur les ventes des commerces locaux est un signe encourageant. Ouverte avec 111 e-boutiques en avril dernier, elle en comprend aujourd’hui 1088. « On peut très bien avoir des boutiques de décoration dans plusieurs villes du département et une boutique sur MaVilleMonShopping. C’est une quatrième boutique, c’est tout », commente Yann Trichard.

Cette hausse de l’offre est certes de bon augure, mais elle concerne encore une minorité des 8 000 commerces du département… Favoriser les achats en ligne est donc l’un des créneaux privilégiés des acteurs engagés dans le soutien au petit commerce, qui travaillent notamment sur le volet du « qui fait quoi », commente Gildas Salaün. Et qui paie quoi… Le transfert des budgets jusqu’alors destinés aux marchés de Noël et autres animations de fêtes, supprimés, seront en effet transférés vers une opération de communication grand public et auprès des commerçants, ainsi que vers d’autres initiatives, encore en germe. « Nous souhaitons aider aussi les commerces qui restent ouverts, qui vont créer des animations au sein de leur boutique, explique Olivier Dardé. Par exemple, les commerces de bouche qui font des paniers repas avec des producteurs locaux et organisent la vente en click and collect, ou en livraison à domicile en circuit court. Nous envisageons de faire gagner des chèques cadeaux… Nous mettons en œuvre une véritable stratégie. » Avec des inquiétudes de fond qui restent bien vivaces, et des colères qui grondent. « Nous avons été disciplinés pendant et après le premier confinement, avons respecté les protocoles sanitaires, nous sommes organisés… Si les stocks de Noël ne se vendent pas, nous serons pris à la gorge… », conclut Olivier Dardé. L’inconnu reste la participation des consommateurs, mais « la clientèle responsable et engagée est de plus en nombreuse », estime Yann Trichard. Cette solidarité sera d’ailleurs l’un des axes de communication de la campagne qui va s’ouvrir…