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Christophe Durand, président de la CPME Loire-Atlantique : « Je crois en la puissance du collectif ! »

Dans un contexte économique qui s’est beaucoup tendu pour les TPE et PME, le président de la CPME 44, Christophe Durand, dresse un état des lieux de la situation locale. L’occasion, aussi, de réaliser un premier bilan de son mandat après un an d’exercice.

Christophe Durand

Christophe Durand. © Benjamin Lachenal

Quelle lecture faites-vous, au regard de l’actualité internationale et nationale, de la conjoncture économique d’un territoire par ailleurs réputé pour son dynamisme ?

Premier constat : on est avant tout sur un territoire de sous-traitance avec quelques gros donneurs d’ordre qui sont des locomotives. Par ailleurs, on a des secteurs d’activité dont on sent qu’ils commencent à fléchir. Et le premier d’entre eux, c’est la promotion immobilière. Nous avons des adhérents qui commercialisent du neuf et qui sont quasiment à l’arrêt depuis la rentrée de septembre. Pour certains, dès cette période, ils ont fait travailler leurs salariés à mi-temps, le reste du temps ils étaient au chômage technique. Comme on est tous liés, ça augure une crise du bâtiment et de l’immobilier. Aujourd’hui, les ménages consomment moins, avec en plus des contraintes liées à l’emprunt. Les gens n’achetant plus, les programmes vont avoir du mal à sortir dans les mois qui viennent et on s’attend à une crise assez dure à partir du second semestre et en 2024. Sachant que la crise des matières premières est encore venue complexifier le sujet.

De ce côté-là, y a-t-il un espoir d’amélioration ?

Certaines matières premières voient leur coût baisser, mais il y a une inertie sur les produits manufacturés et ils ne sont pas près de baisser car en 2022 il y a eu chez les entreprises un phénomène massif de constitution de stocks à des prix très élevés. Du coup, l’inflation ne va pas s’arrêter demain je pense.

Constatez-vous d’autres signaux faibles et, à l’inverse, quels sont les secteurs qui s’en sortent pour le moment ?

Quand les entrepôts sont pleins, logiquement, il y a moins de transport. Depuis le début de l’année, ce secteur met donc le genou à terre, avec des baisses d’activité à deux chiffres. Est-ce qu’il va y avoir un effet domino ? L’industrie semble pour le moment assez résiliente, pour plusieurs raisons. D’abord, comme on est sur une terre de sous-traitance, quand les Chantiers de l’Atlantique et Airbus vont bien, ça permet de temporiser les secousses dont on vient de parler. Et on peut espérer que l’industrie soit le secteur qui souffre le moins, même si l’on navigue un peu à vue.

Du côté du commerce, pour l’heure on a des statistiques uniquement liées aux grèves contre la retraite. Sur le mois de mars, l’impact a été de -30 à -40 % d’activité pour les commerçants du centre-ville de Nantes. Sachant qu’une baisse avait déjà été constatée en amont, car en tant que consommateurs, on fait tous attention à nos budgets et que par conséquent des arbitrages s’opèrent…

Quant aux services, ils sont inégalement impactés. On constate que les entreprises de communication ont une baisse de volume d’activité depuis quelques mois. Pour l’instant, sur les autres, on n’a pas de signaux faibles particuliers.

Voyez-vous malgré tout des raisons d’espérer ?

On constate quand même que dans le secteur des ENR, ça cartonne. Des adhérents nous font état de carnets de commandes remplis à six-neuf mois.
On est déjà depuis une dizaine d’années dans un changement total de paradigmes, qu’ils soient sociaux, économiques ou environnementaux. Le pays est en transformation et ça va générer 50 ans de tensions parce qu’on est déjà en train de construire la société de demain. Et pour moi, c’est une bonne nouvelle ! Il y a des opportunités business, mais il y a aussi tout à reconstruire et c’est très excitant intellectuellement.
Plus il y aura des plans de métamorphose de notre économie au niveau européen et national et plus ça ruissellera dans l’économie locale. Et c’est ça qu’on attend aujourd’hui du gouvernement et de l’Union européenne : débloquer des fonds importants pour la transition de nos entreprises et aussi les protéger d’un point de vue barrières douanières. Ces quarante dernières années, l’Europe n’ayant jamais fait son travail de protection du tissu économique local, et qui plus est industriel, les grandes perdantes ce sont les TPE et PME. Cette re-régionalisation mondiale va peut-être enfin leur donner la part belle.

Dans votre programme de mandature, vous évoquiez justement comme priorité le localisme. Où en êtes-vous ?

On a une commission Énergie très tournée vers l’environnement et qui est très active. Elle organise des tables rondes, des visites d’entreprises, des conférences, tout ça dans le but d’ouvrir le champ des possibles à nos adhérents sur les business de demain.

Souhaitez-vous que cette mission prenne plus de place par rapport aux autres ?

Dans les territoires, on a le rôle de faire remonter à la préfecture, au Conseil régional, les problématiques des entrepreneurs et on le fait bien, en intervenant aussi bien en individuel qu’en collectif. Dès lors, plus on aura d’adhérents sur les territoires, plus on va offrir à la CPME nationale la représentativité auprès des instances. On compte 420 adhérents aujourd’hui sur la Loire-Atlantique et on vise les 500 d’ici la fin d’année. Parallèlement, notre intérêt c’est aussi d’apporter des « services » à nos adhérents. On n’est pas un business center, mais on se doit de leur apporter des outils pour travailler et se développer. On a donc plusieurs commissions, sur les RH, l’énergie, la digitalisation, la cession-reprise…

Votre rôle de représentativité dans les diverses instances est par ailleurs très prenant…

Nous avons en effet 144 adhérents qui sont mandataires. Ce sont des hommes et des femmes de l’ombre qui font un travail remarquable dans tous les organismes paritaires, auprès du tribunal de commerce, de l’Urssaf, des prud’hommes, à la Caf ou à la chambre de commerce, par exemple. Mais parallèlement, on souhaite en effet poursuivre et développer davantage les commissions pour amener nos adhérents vers les changements et la résolution de leurs problématiques. C’est vraiment la pierre angulaire aujourd’hui.

Quel bilan faites-vous de votre première année de mandat ?

Le bilan est avant tout collectif ! Quand on m’a demandé si je voulais me présenter à la présidence j’ai dit : « Oui, mais avec une équipe avec moi ». J’ai un bureau très efficace, j’ai nommé un président délégué avec lequel on s’est beaucoup partagé les tâches et avant tout je pense qu’une présidence est réussie quand le duo avec le secrétaire général fonctionne. Et c’est le cas avec Guillaume (Dreniaud, NDLR) !

Sur le premier semestre, j’ai passé deux tiers de mon temps à la CPME. Après, c’est tellement épanouissant, intellectuellement et humainement ! Et puis, on s’aperçoit qu’avec cette casquette on a la capacité d’ouvrir les portes, de donner un coup de main et même au-delà d’aider à trouver des solutions pour nos adhérents. Et ça c’est vraiment génial ! D’ailleurs, maintenant que le défrichage de la première année est terminé, on commence à dérouler ce qu’on avait pressenti au regard des attentes de nos adhérents.

Et quelles sont ces attentes ?

De la proximité, du soutien individuel ponctuel et de l’aide collective pour faire remonter des signaux faibles au niveau local et, le cas échéant, au niveau national. Cette année, on renforce ainsi le GPA, le groupement de prévention agréé destiné à venir en aide aux entreprises en difficulté. Du fait du contexte, on a déjà 23 dossiers sur le premier trimestre alors qu’on avait accompagné 40 entreprises sur toute l’année 2022…

On a par ailleurs noué un partenariat avec la Banque de France Pays de la Loire qui met à notre disposition un super programme d’éducation financière. Étonnamment, il y a peu d’entreprises qui disposent d’un tableau de bord par exemple. Il y a plusieurs modules destinés à revoir les essentiels de la gestion financière. Le premier atelier a ainsi eu lieu le 6 avril.

Enfin, on réanime la cellule Gad, le groupe d’aide à la décision qu’on retrouve dans un certain nombre d’instances comme le CJD, Réseau Entreprendre, et qui permet d’aider rapidement un entrepreneur sur une problématique précise. Cet outil a une grosse puissance car autour d’une réunion qui dure deux à trois heures maximum, des chefs d’entreprise dont un ou deux experts du secteur ou de la problématique, offrent différentes voies à la décision.

Un message à destination des chefs d’entreprise pour conclure ?

Il faut avoir confiance en l’avenir ! Je pars toujours du principe que, face aux épreuves, notre caractère fait qu’on trouve toujours les outils pour les surmonter. Et je crois vraiment en la puissance du collectif !

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