Couverture du journal du 15/10/2021 Consulter le journal

Célérifère réinvente la trottinette électrique

La start-up vendéenne Célérifère a conçu sa trottinette électrique comme un véritable engin de transport. Made in Vendée, éco-conçue, réparable, recyclable, elle séduit les collectivités qui cherchent des solutions de mobilité douce et durable.


équipe Célérifère

Karim Tarzaim, au centre, entouré de ses trois associés : Charles Barreau (expert économie bleue), Amandine Tilmont (marketing et Commercial) et Laurent Buffet (expert en travail du bois) ©Célérifère

La-Roche-sur-Yon et Vertou l’ont adoptée pour équiper leur parc de véhicules alternatifs. C’est normal, la trottinette de Célérifère est Made in Pays de la Loire. Mais pas seulement. Karim Tarzaim, un ingénieur en mécanique de 41 ans, a pensé à tout : éco-conçue, réparable, recyclable, sa trottinette a aussi été réfléchie pour son usager . « J’ai imaginé un engin de circulation fiable et pratique pour effectuer le dernier kilomètre sans fatigue », argue Karim Tarzaim. Baptisée Imi, elle tient son nom du Japonais et signifie « bon sens », car elle permet de repenser intelligemment la manière de se déplacer lors des déplacements quotidiens, sur routes ou sur pistes cyclables. « En jurant que je prendrais le train pour me rendre à mes rendez-vous professionnels pour éviter les bouchons, je n’imaginais pas à quel point c’était compliqué », raconte le vendéen. À pied, on se retrouve parfois en pleine pampa sans taxi, le vélo n’est pas autorisé dans les TGV, le vélo pliable ne passe pas les portiques du métro, la trottinette électrique gêne les autres usagers et rend l’âme dès qu’elle prend la pluie… »

Célérifère emploie des matériaux recyclés ou recyclables

Après en avoir démonté quelques-unes, l’ingénieur imagine donc un prototype dans son garage. Pris au jeu, son patron lui accorde quelques heures sur son temps de travail puis finance son projet. Il sera le premier actionnaire de Célérifère, créée en juillet 2019 avec trois associés. Peaufinant son projet avec des écoles, Karim Tarzaim a attendu la fin de la polémique sur le free flaoting et les décisions des parlementaires réglementant leur circulation pour finaliser son projet. Prenant le contre-pied des engins importés sans contrôle d’Asie, sans SAV ni possibilité de démontage, l’ingénieur présente un produit éthique, durable, solide, réparable et dûment marqué CE. « J’ai imaginé le même cycle que l’industrie automobile qui fait ça depuis vingt ans », résume l’ingénieur qui a travaillé dix ans pour le secteur. Les matériaux utilisés sont recyclables ou issus des déchets comme le plastique pour certaines pièces, réalisées en impression 3D et les chutes de cuir pour les poignées. Le corps est en inox et alu pour éviter tout traitement ou peinture, le plateau est en bois. Elle ne comporte aucune soudure ou collage pour la rendre réparable avec des outils standards et les pièces détachées. La batterie, en forme de gourde, est amovible. Le modèle standard a une autonomie de 15 km et se recharge en 3h30. « On peut la mettre dans son sac pour la recharger dans le train », savoure le créateur. Cerise sur le gâteau, elle se plie grâce à un système de déverrouillage positionné sur le guidon et tient debout seule. Ceux qui ont un jour chuté, car l’engin s’était replié à pleine vitesse, apprécieront.

Trottinette Célérifère

Imi, la trottinette imaginée par Célérifère se veut éco-responsable ©Célérifère

Imi de Célérifère est Made in Vendée

Imi est commercialisée depuis janvier 2021. Proposée à 1 500 € hors taxe, soit le prix moyen des engins en magasin, la trottinette est assemblée à Dompierre-sur-Yon. Pour l’instant, les associés, tous bénévoles et ayant conservé leur activité professionnelle, travaillent avec des apprentis en situation de handicap et des stagiaires. Tous les éléments sont produits par des PME dans un rayon de 50 km. Sauf les cellules constituant la batterie et les composants électroniques, impossibles à trouver en Europe. « Nous avons contractualisé avec un organisme français qui recycle les batteries », assure Karim Tarzaim.
Une vingtaine de véhicules a déjà été vendue pour des essais, d’abord aux entreprises et aux collectivités. Le particulier viendra dans un second temps. «  Pour ne pas décevoir les clients,  il faut constituer un réseau de vente équipé d’un SAV dans chaque ville », justifie le dirigeant. La mairie de Vertou a acquis six trottinettes pour relier ses bâtiments municipaux. La ville de la Roche-sur-Yon a commandé de son côté cinq unités pour compléter son parc d’engins de déplacement en prêt-essai aux entreprises en plus des vingt vélos à assistance électrique déjà disponibles.

La Roche sur Yon Celerifère

La ville de la Roche-sur-Yon prête la trottinette aux entreprises adhérentes au plan de mobilité ©La Roche-sur-Yon

150 000€ de chiffre d’affaires visés en 2021

Célérifère espère vendre entre 50 et 100 trottinettes d’ici à la fin 2021 et atteindre un chiffre d’affaires de 150 000€. « Après, nous irons chercher des investisseurs ». L’objectif est d’écouler 300 unités l’an prochain puis de multiplier les ventes par deux tous les ans pour atteindre 3 000 véhicules par an en France. Ensuite seulement, Célérifère envisage d’exporter ses créations. Mais auparavant, la start-up compte développer d’autres produits sur la base d’Imi, comme un trois roues ou un micro-scooter. La trottinette est déjà compatible avec un fauteuil roulant. L’ingénieur va créer d’autres accessoires : remorque, attache pour sac de course et casier de consigne pour les collectivités avec borne de recharge solaire pour la batterie… « Nous y allons step by step », tente de nuancer le créateur. Il planche aussi sur un tuto vidéo pour éduquer les utilisateurs de trottinettes aux bonnes pratiques de leur usage en ville et sur route. « Une fois les engins fiabilisés, le danger vient surtout du comportement des conducteurs. »