Couverture du journal du 03/02/2023 Le magazine de la semaine

Bâtiment : les artisans dans le brouillard

Si deux tiers des adhérents de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) de Loire-Atlantique sont inquiets pour leur avenir, le président du syndicat reste optimiste. Les chiffres d’affaires des entreprises du secteur sont stables et les carnets de commande plutôt bons. Néanmoins, les hausses de prix des matériaux constituent une menace pour les trésoreries, tout comme un volume d’activité en légère baisse.

Capeb Loire-Atlantique artisanat bâtiment

De gauche à droite : David Aubry (artisan menuisier agenceur), Sébastien Petit (artisan plâtrier plaquiste), Jean-Marc Pernot (président de la Capeb 44 et couvreur) et Andrea Lemasson (secrétaire générale de la Capeb 44). © IJ

Revendiquant près de 2 000 entreprises adhérentes en Loire-Atlantique, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment, plus connue sous l’acronyme Capeb, a dévoilé, le 5 décembre à Nantes, les résultats de son enquête de conjoncture annuelle régionale. L’occasion pour le syndicat qui entend « porter la voix des artisans » d’établir un point de situation sur l’activité du bâtiment en Loire-Atlantique.

Premier enseignement souligné par Jean-Marc Pernot, président de la Capeb 44 : « Les entreprises des artisans du bâtiment se portent plutôt bien, même si leur volume d’activité a légèrement baissé en 2022 par rapport à l’année précédente. Avec les crises qui s’accumulent les unes après les autres, nos adhérents sont fatigués, pour ne pas dire épuisés. Néanmoins, les carnets de commandes restent plutôt bons sur 2022, avec tout de même moins de visibilité pour l’année à venir. Cela étant, le chiffre d’affaires de nos adhérents est globalement stable sur 2022. Nous sommes encore un secteur d’activité qui a de l’avenir, notamment sur l’entretien et la rénovation des bâtiments. La rénovation énergétique est elle aussi un créneau porteur puisqu’il reste encore de nombreuses passoires thermiques dans le département. » Autre élément rassurant : « Le bâtiment recrute encore et encore. Nous sommes un des secteurs d’activités qui ne perd pas de salariés, contrairement à la restauration ou la santé. »

« Des hausses de matériaux à nouveau attendues »

Si les indicateurs de cette enquête de conjoncture semblent au vert, plusieurs éléments restent sources d’inquiétude pour les artisans du bâtiment : « Le premier, c’est la hausse des prix des matériaux, détaille le président de la Capeb. Tout a augmenté ces dernières années, parfois dans des proportions importantes, et des hausses sont à nouveau attendues. » Sébastien Petit, artisan plâtrier plaquiste à la tête d’Artiplac (Saint-Herblain et Bouguenais), illustre le propos : « Il y aura 15 % d’augmentation au 1er janvier sur le placo et la laine de verre. On essaye donc de faire du stock en prévision des hausses qui s’annoncent. »

« Sur la partie menuiserie extérieure, les fenêtres PVC, bois et alu ont pris entre 15 et 25 % en 18 mois selon les produits », complète David Aubry, artisan menuisier agenceur dirigeant AMV Coiquault (Château-Thébaud). « Et on est à environ 20 % de hausse dans la couverture », précise Jean-Marc Pernot, également gérant de FP Couverture (Thouaré-sur-Loire).

À ces augmentations de matériaux s’ajoutent des difficultés d’approvisionnement. « En 2022, il était impossible de trouver des ardoises ou des tuiles, même en y mettant le prix, confirme le couvreur. En l’absence de couverture, un bâtiment n’est pas hors d’eau et cela empêche tous les autres corps de métier d’intervenir. On a donc eu des chantiers bloqués pendant des semaines voire des mois. »

La dégradation des marges fragilise les trésoreries

Dernier indice alarmant évoqué par le président départemental du syndicat : « La note de conjoncture 2022 de l’enquête, qui prend en compte la marge, le CA, le carnet de commandes et la trésorerie des entreprises, est en baisse d’un point : 4,6 en 2022 contre 5,7 en 2021.  Cela reflète une dégradation des marges réalisées par nos artisans, qui ont souvent eu du mal à répercuter les hausses de matériaux aux clients. L’autre réalité, c’est que la très forte baisse des subventions pour les rénovations énergétiques a impacté notre activité. Cela a eu pour conséquence de fragiliser les trésoreries et cela explique aussi en partie pourquoi 67 % des artisans du bâtiment sont actuellement inquiets ou tendus pour leur avenir. »

Prudence et agilité pour 2023

« Dans ce contexte, la Capeb 44 appelle à la prudence pour 2023 et à la solidarité économique pour ne pas fragiliser la chaîne, résume Jean-Marc Pernot. Les chefs d’entreprise vont devoir faire preuve d’agilité et ne pas hésiter à revoir les délais de validité de nos devis de manière à pouvoir répercuter les différentes hausses et préserver nos trésoreries. » Dans cette optique, la Capeb va créer un observatoire des prix qui permettra une sensibilisation des clients, mais aussi une charte sur la transparence des prix. « Et sur les dossiers de subvention qui concernent les rénovations énergétiques, nous réclamons une simplification des parcours pour les particuliers. Nous souhaitons enfin faire alliance avec tous les acteurs de la filière pour traverser la période actuelle et organiser la transition (lire également l’encadré) », conclut le président du syndicat départemental.

Des artisans au cœur de la transition

Malgré un contexte compliqué, les entreprises artisanales du bâtiment tiennent à s’emparer du sujet de la sobriété et apporter leur pièce à l’édifice de la transition énergétique. « Il y a une prise de conscience généralisée à l’image de la société, se félicite la secrétaire générale de la Capeb 44. Les entrepreneurs du BTP font désormais attention à leur empreinte. Ils adoptent de bons réflexes (réduction de leur impact), et mettent en place des pratiques responsables au sein de leur entreprises (économie circulaire, éco construction…). »

Côté clients, cette transition est également bien visible et elle se caractérise par un bond des ventes de matériaux biosourcés, comme l’explique Sébastien Petit, gérant d’Artiplac : « En un an et demi, on a inversé la courbe d’utilisation de nos matériaux. Concrètement, avant je vendais deux tiers d’isolant traditionnel en laine de verre pour un tiers d’isolant biosourcé en fibre de bois. Aujourd’hui, la différence de prix entre les deux produits s’est tellement réduite et les économies générées sur le long terme avec les matériaux biosourcés sont si importantes que les clients ont tendance à se tourner automatiquement vers les produits plus respectueux de l’environnement. »