Couverture du journal du 23/02/2024 Le magazine de la semaine

À quoi sert un bilan carbone ?

« Qu’est-ce qu’un bilan carbone ? À quoi sert-il ? Et pourquoi le mettre en place dans mon entreprise ? » Le Medef Vendée a organisé le 19 janvier dernier à La Roche-sur-Yon, un atelier de transition écologique sur le thème de la décarbonation des entreprises. L’objectif était de présenter les bons outils pour se lancer dans la démarche avec, en point d’orgue, un témoignage inspirant.

Laurena Sebire, responsable projets transition écologique au sein du Medef Pays-de-la-Loire Marie Gaborit, dirigeante de Toovalu, Eva Bergier, cheffe de projet Climat chez Harmonie Mutuelle ©IJ

« Il faut commencer par mesurer pour agir ». Pour lancer cet atelier, Laurena Sebire, responsable projets transition écologique au sein du Medef Pays de la Loire, propose aux participants, de répondre à un quiz intitulé « Nos Gestes Climat »[1], simulateur de référence qui permet d’estimer son empreinte carbone individuelle, en détaillant ses habitudes de consommation : transport, alimentation, logement, énergies, ou encore numérique. Au bout de quelques minutes, le verdict tombe. La moyenne des résultats obtenus s’élève à environ 10 tonnes de CO2-équivalent par an. Cela correspond d’ailleurs à l’empreinte moyenne de chaque Français[2] en 2022. Pour respecter l’Accord de Paris, l’objectif est d’atteindre 2 tonnes de CO2-équivalent par an par an à l’horizon 2050. « Après avoir calculé votre empreinte carbone personnelle, vous avez maintenant un levier pour réduire[3] vos émissions de gaz à effet de serre en changeant vos habitudes » analyse Marie Gaborit, co-fondatrice et dirigeante de Toovalu[4], qui accompagne les entreprises dans leur transition énergétique.

« Faire son bilan carbone comme un bilan comptable »

« Un bilan carbone, c’est complexe. Il faut le réaliser avec des experts » prévient toutefois Laurena Sebire. Développé en 2004 par l’Ademe, le bilan carbone comptabilise les émissions de gaz à effet de serre liées à la fabrication d’un produit et à l’activité humaine. Les différentes activités de l’entreprise sont classées selon leurs scopes d’émissions, directes ou indirectes, sur une échelle de 1 à 3 (déplacements des salariés, transports des marchandises, achats, consommation énergétique, déchets…) « Il faut faire son bilan carbone comme un bilan comptable pour apprendre à compter les CO2 » précise Marie Gaborit. Réalisé sur un an, il doit s’aligner avec le dernier exercice comptable clôturé. « Avant toute chose, il est essentiel d’identifier son secteur d’activité, pour déterminer les postes les plus émetteurs et travailler dessus, ajoute la dirigeante. Quand on est par exemple un cimentier, vouloir changer les gobelets de la machine à café n’apparaît pas comme une priorité. »

Exergue : « La décarbonation reste l’outil principal d’une entreprise pour se lancer dans une stratégie environnementale pertinente. »
-Marie Gaborit, co-fondatrice et dirigeante de Toovalu

Les enjeux du bilan carbone

Pour l’heure, seules les entreprises de plus de 500 salariés ont l’obligation de réaliser un bilan carbone (bilan GES). Les ETI de plus de 250 salariés seront à leur tour concernées à partir de 2024. Outre l’éthique, le travail sur les notions de marque employeur et de compétitivité sont les principales motivations des entreprises à réaliser un bilan carbone. Celui-ci va également permettre de limiter sa dépendance en énergies fossiles et ainsi réaliser des économies.  « La décarbonation reste l’outil principal d’une entreprise pour se lancer dans une stratégie environnementale pertinente » résume la dirigeante de Toovalu. Une fois l’empreinte carbone mesurée, il est possible de définir son plan d’actions : réduction de ses émissions GES, de celles de ses parties prenantes (collaborateurs, fournisseurs…), sensibilisation de ses salariés et de ses clients. Pour aller plus loin, on peut choisir de se positionner en tant qu’entreprise régénératrice en développant des activités ou des produits qui contribueront à la préservation de l’environnement et à l’amélioration de la société.

723 500

C’est l’empreinte carbone mesurée pour Harmonie Mutuelle en 2019. Quand on parle impact environnemental, on pense généralement aux entreprises industrielles. Eva Bergier, cheffe de projet santé, écologie et climat pour la société mutualiste est venue apporter la preuve que le secteur du tertiaire a aussi son rôle à jouer pour contribuer à l’amélioration climatique. « Nous étions déjà engagés dans une démarche RSE avec le label Afnor obtenu en 2010, mais nous nous sommes rendus compte que nous ne faisions pas assez. » Comptant près de 5000 collaborateurs, Harmonie Mutuelle recense plus de 65 000 clients et protège 5 millions de personnes en France. Il y a trois ans, la société a réalisé un double bilan carbone. La première empreinte mesurée s’élevait à 58 493 tonnes CO2-équivalent par an, mais à l’issue d’un « bilan carbone étendu », elle s’établissait à 723 500 tonnes CO2-équivalent par an. Une différence considérable qui s‘explique par la prise en compte, dans le second cas, de la part des investissements (82% des émissions de GES), faisant prendre conscience de l’impact non négligeable des échanges financiers. Depuis, Harmonie Mutuelle s’est fixée pour objectif de réduire de près de 50 % ses émissions à l’horizon 2030, en se concentrant notamment sur le portefeuille d’investissements, mais aussi sur le développement d’achats et de services plus vertueux ou encore en associant les parties prenantes à sa démarche environnementale.

[1] Nos Gestes Climat est une application développée par Datagir, service public porté par l’Ademe et la Direction interministérielle du numérique (Dinum).

[2] My CO2 par Carbone 4, d’après le ministère de la Transition écologique, le Haut Conseil pour le Climat et CITEPA.

[3] Rapport « Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’État face à l’urgence climatique », Carbone 4, Juin 2019 (Pour une réduction de 8 tonnes de CO2, ¼ concerne les initiatives individuelles, ¾ les actions collectives).

[4] Créée en 2012, la société nantaise Toovalu met à la disposition des entreprises un logiciel de pilotage des stratégies climat et RSE (Toovalu Impact).

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