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Florence Olivier, directrice de l’usine nazairienne Airbus Atlantic : « Saint-Nazaire au cœur du système industriel d’Airbus »

Porté par des cadences inédites et un carnet de commandes historique, Airbus s’impose comme le leader mondial de l’aéronautique pour la septième année consécutive. Un succès qui repose sur un maillon souvent méconnu : la fabrication des pièces élémentaires, sans lesquelles aucun avion ne peut décoller. Seul site du groupe consacré à la production de ces pièces complexes, Airbus Atlantic Saint-Nazaire occupe une place essentielle dans cette dynamique industrielle. À sa tête, Florence Olivier orchestre cette montée en puissance avec un management pragmatique, une culture du collectif et une vision de l’industrie ancrée dans son territoire.

Florence Olivier, directrice de l'usine Airbus Atlantic St-Nazaire

Florence Olivier, directrice de l'usine Airbus Atlantic St-Nazaire BENJAMIN LACHENAL - IJ

Avec un carnet de commandes record, Airbus n’a pas d’autre option que de poursuivre sa montée en cadence. Comment le site de Saint-Nazaire y contribue-t-il ?

Le site Airbus Atlantic de Saint-Nazaire est unique dans le dispositif du groupe. C’est le seul site entièrement dédié à la fabrication de pièces élémentaires complexes, majoritairement structurales, qui constituent littéralement le squelette de l’avion. Nous y produisons des cadres de cockpit, des panneaux de fuselage, des rails de sièges, mais aussi des éléments liés aux systèmes avion : des tuyauteries indispensables au fonctionnement de l’hydraulique, de l’air conditionné, du carburant, etc.

On parle souvent des chaînes d’assemblage finales, parce qu’elles sont visibles et spectaculaires. Mais sans pièces élémentaires, aucun avion ne décolle. Notre rôle est donc moins exposé médiatiquement, mais absolument structurant. Ici, à Saint-Nazaire, nous sommes véritablement au cœur du système industriel d’Airbus.

« Sans pièces élémentaires, aucun avion ne décolle »

Nous sommes organisés par spécialités de produits, ce qui fait du site un maillon essentiel aux montées en cadence de l’A320, l’A350, et dans une moindre mesure l’A330. Si nous travaillons à 95 % sur des programmes Airbus, nous fabriquons également des pièces pour Dassault, notamment pour le Falcon 10X, et pour Airbus Helicopters, avec le H175. Parmi nos clients, nous avons aussi les constructeurs Bombardier, ATR ou Embraer.

Un collaborateur de l'atelier « fil rouge » en plein usinage.

Un collaborateur de l’atelier « fil rouge » en plein usinage. A.LECUYER – AIRBUS ATLANTIC

Chaque augmentation de cadence chez eux se traduit ici par un enjeu industriel immédiat. La montée en cadence, ce n’est pas seulement produire plus : c’est produire plus vite, mieux, et sans fragiliser l’ensemble. Être un site de pièces élémentaires complexes, c’est accepter une pression permanente. Si nous flanchons, c’est toute la chaîne qui ralentit. Notre responsabilité est donc considérable.

Saint-Nazaire est présenté comme une usine à taille humaine intégrant des technologies de pointe. Est-ce un avantage par rapport aux autres sites du groupe ?

À Saint-Nazaire, notre site est effectivement relativement « petit » dans le paysage aéronautique avec 16 hectares pour un peu plus de 1 200 salariés. C’est trois à quatre fois moins que les sites Airbus voisins de Montoir et Nantes. Être une usine à taille humaine constitue un avantage compétitif car la proximité accélère les décisions, facilite la communication et renforce l’engagement.

Même si nous avons beaucoup de machines et des moyens industriels lourds, la technologie ne remplace jamais totalement l’humain. D’ailleurs nous conservons une grande part de travail manuel avec des métiers à très forte expertise : chaudronniers, soudeurs, ajusteurs, opérateurs sur commande numérique. Des métiers qui demandent des années de pratique pour arriver à maturité.

Le site ne réalise pas d’assemblage final. En quoi ce positionnement est-il stratégique pour le groupe ?

Le site nazairien permet de maintenir en interne une compétence essentielle sur la pièce élémentaire, à un moment où la majorité des composants sont achetés à l’extérieur. Saint-Nazaire est ainsi un véritable centre d’excellence, qu’il s’agisse de fabriquer ou de provisionner ces pièces. Plus qu’un simple site de production, il fonctionne comme un laboratoire industriel. Cette maîtrise interne constitue une forme de souveraineté industrielle pour le groupe.

Un panneau d'avion en train de se faire étirer sur le site Airbus Atlantic Saint-Nazaire.

Un panneau d’avion en train de se faire étirer sur le site Airbus Atlantic Saint-Nazaire. A.LECUYER – AIRBUS ATLANTIC

Préserver ce savoir-faire est d’autant plus stratégique que certaines pièces sont critiques pour la continuité des chaînes d’assemblage et nécessitent des investissements très élevés que peu de fournisseurs peuvent assumer. Les panneaux de fuselage, par exemple, requièrent plusieurs millions d’euros d’investissements pour des activités quasi exclusivement dédiées à l’aéronautique. Le groupe fait donc le choix de conserver ces compétences et ces moyens en interne afin de sécuriser ses cadences.

Enfin, dans un contexte de tensions récurrentes sur la supply chain mondiale, disposer de cette expertise en propre agit comme un filet de sécurité : le site peut produire en urgence, dépanner rapidement et assurer le lien entre le bureau d’études et la mise en série. Une responsabilité pleinement assumée au service de l’ensemble du groupe.

Cette production en urgence s’appuie notamment sur l’atelier « fil rouge ». De quoi s’agit-il ?

L’atelier « fil rouge » est un service d’urgence industriel. Sa mission est de produire des pièces spéciales en un temps extrêmement co…

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