Et si la santé mentale n’était pas qu’un sujet de prévention, mais un indicateur de performance ? Les modèles de Karasek et Siegrist nous rappellent qu’entre la charge de travail et la reconnaissance, entre la contrainte et la liberté, se joue bien plus qu’un équilibre psychologique : celui de la motivation, de l’engagement et, in fine, de la réussite collective.
Le modèle de Karasek (professeur de psychosociologie de l’université de Boston) se base sur la conception de liberté d’action. Il propose en 1979 un schéma comprenant deux entrées possibles : la demande psychologique (la charge, les délais, la complexité) et la latitude décisionnelle (le pouvoir d’agir, d’organiser, de choisir). J’y ajoute le soutien social (collègues, hiérarchie, collectif).
Lorsque la demande augmente et que la latitude diminue, on entre dans ce que Robert Karasek nomme le « job strain » : la fameuse zone de tension de surcharge. Le collaborateur sursollicité n’a plus de marge de manœuvre. La tension vécue ne vient pas du défi en lui-même, mais de l’absence d’ajustement possible. Les sportifs le savent bien : on peut supporter un entraînement harassant, à condition d’en comprendre le sens et d’avoir la main sur la façon de le vivre. L’organisme sursollicité ne lâche pas à cause de l’épuisement physique ou de la fatigue, il lâche souvent par privation de sens et de contrôle.
En revanche, quand on a encore du pouvoir d’action et qu’on est appuyé par un collectif, la même charge devient un défi. Dans…