Couverture du journal du 30/09/2022 Consulter le journal

Énergie : le cri d’alarme d’entreprises vendéennes

La flambée du prix de l’énergie frappe de plein fouet les entreprises vendéennes. Dans ce territoire pourtant réputé pour son dynamisme économique, l’inquiétude est palpable et certains dirigeants craignent de devoir fermer leurs entreprises cet hiver. Avec les élus, ils réclament d’urgence l’instauration d’un bouclier tarifaire.

CCI Vendée

De gauche à droite : Magali Panau, directrice déléguée d’Ernest Soulard ; David Soulard, directeur général des meubles Gautier et Arnaud Ringeard, président de la CCI Vendée © IJ

Le coût de l’énergie explose. Nous ne maîtrisons plus rien. Le risque, c’est bien la fermeture de nos entreprises.» Alain Leboeuf, président du Département de la Vendée, ne cache pas son inquiétude. Le 2 septembre, plusieurs élus, collectivités et entrepreneurs vendéens s’étaient réunis pour tirer la sonnette d’alarme. Face à la flambée des prix de l’énergie, l’économie vendéenne, pourtant dynamique avec un taux de chômage très bas (6 %), est en péril.

Depuis le 1er janvier 2022, les prix de l’électricité ont été multipliés par dix (de 100 à 1 000 €/MWh) et ceux du gaz par six (de 50 à 300 €). Du jamais vu ! En cause : la baisse de la production liée à l’arrêt de la moitié des réacteurs nucléaires français 1, amplifiée par un contexte international instable et la guerre en Ukraine.

DES OFFRES CINQ À DIX FOIS PLUS CHÈRES POUR LES ENTREPRISES

Si les particuliers sont, pour l’instant, relativement préservés par le bouclier tarifaire mis en place par le gouvernement sur le gaz et l’électricité (+4 %), ce n’est pas le cas des entreprises et des collectivités qui subissent directement cette flambée des prix de l’énergie. Pour les collectivités, la facture pourrait tripler voire quadrupler cet hiver. Pour les entreprises, dont beaucoup doivent renouveler leur contrat d’énergie pour 2023, les offres sont cinq à dix fois plus chères. Un coût difficilement supportable pour les budgets et impossible à répercuter à 100 % dans les prix de vente.

C’est le cas de l’entreprise Ernest Soulard, spécialiste du canard et producteur de foie gras, basée aux Essarts-en-Bocage, dont le contrat d’électricité arrive à échéance fin décembre.

« L’an dernier, nous achetions notre électricité environ 50 €/MWh. Cet été, on nous annonçait un tarif de 300 €/MWh contre 600 € début septembre, illustre Magali Panau, directrice générale déléguée. Concrètement, on passerait d’un budget de 2,5 M€ à 11 M€ en 2023. Nous n’avons pas la capacité d’assumer une charge aussi importante. Notre prix de revient augmenterait de 15 %. Et nous ne pouvons pas répercuter une telle hausse à nos clients. On se sent pris en otage par les fournisseurs. S’il n’y a pas de régulation tarifaire, nous allons devoir faire des arbitrages dramatiques et fermer certains sites.» L’entreprise, déjà durement frappée par la crise de la grippe aviaire, emploie 250 salariés et fait vivre 250 éleveurs.

LE RISQUE D’UNE SPIRALE INFLATIONNISTE

Au Boupère, chez Meubles Gautier (750 salariés), l’impact budgétaire est similaire. David Soulard, son directeur général, redoute que cette crise énergétique ne se transforme en « une spirale inflationniste qui serait dramatique» et vienne ainsi mettre en danger le made in France.

Élus, collectivités et quelques entreprises s’accordent pour dire que la baisse de consommation de 10 % d’énergie prônée par le gouvernement ne suffira pas à amortir cette hausse spectaculaire des coûts de l’énergie. Certains d’entre eux réclament de toute urgence la mise en place d’un bouclier tarifaire et souhaitent que l’achat d’électricité locale « produite à des prix compétitifs » soit facilité pour les acteurs publics et privés. « On ne peut pas casser une économie pour une question de réglementation du marché», dénonce Arnaud Ringeard, président de la CCI Vendée.

 

1. Depuis cette conférence de presse, EDF a annoncé son intention de remettre en service 28 réacteurs d’ici la fin de l’année et cinq autres début 2023.