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Crise : quels impacts pour les territoires ?

Nouvel outil macro-économique au service des collectivités, l’Observatoire des impacts territoriaux de la crise offre une vue à la fois nationale et locale, riche d’enseignements.

Carte 2

Cette carte présente l’évolution de l’emploi salarié privé entre le 4e trimestre 2019 et le 3e trimestre 2020. La palette de rouge souligne les destructions d’emploi. Le bleu, le solde positif © Mapinaction.com

L’Observatoire des impacts territoriaux de la crise a été créé « pour donner les clés aux acteurs publics et privés qui agissent sur les territoires ». Il est né de la collaboration de spécialistes de l’analyse du développement des territoires et associe toutes les bonnes volontés afin de produire de la connaissance pour aborder les conséquences d’une crise qui se révèle systémique et nécessite donc d’être observée « avec plusieurs paires de lunettes ». Le tout dans une perspective opérationnelle, afin de permettre aux territoires de mieux rebondir.

DES « LOCOMOTIVES » PLUS IMPACTÉES

Le 19 mars, à l’occasion d’une Web’rencontre de l’Assemblée des communautés de France (ADCF) réunissant les intercommunalités, les premiers résultats de cet observatoire ont été dévoilés. Ils livrent une analyse prospective et un suivi des impacts de la crise du Covid-19 sur les dynamiques économiques et sociales des territoires au travers de différentes cartographies interactives 1. Partenaire, aux côtés d’autres 2, l’ADCF voit un autre intérêt à cet outil : il s’inscrit dans un temps long. De fait, souligne Nicolas Portier, délégué général de l’ADCF, les amortisseurs puissants qui ont été déployés par l’État diffèrent dans le temps un certain nombre d’impacts, à commencer par les défaillances d’entreprise. Il estime également que cet observatoire permettra de jauger de la capacité de rebond des territoires via la mise en place des mesures à la fois nationales, mais aussi régionales, voire locales. Pour ce faire la cartographie évoluera au fur et à mesure des données disponibles, permettant par exemple de souligner un différentiel entre les impacts attendus et avérés.

Pour l’heure, l’observatoire dresse une première hypothèse, en prenant garde de bien préciser que ces cartes ne sont pas prédictives. Il s’agit, selon lui, de la particularité de cette crise au regard de celle de 2008 qui avait frappé surtout les territoires les plus faibles économiquement. Cette hypothèse, c’est que ceux qui sont les plus fortement exposés sont a priori ceux qui étaient les plus dynamiques avant la crise, c’est-à-dire ceux qui sont habituellement présentés comme des « locomotives » grâce aux leviers de la consommation locale et de l’économie du tourisme. Sachant que la consommation locale serait à l’origine de « 65% des créations d’emplois dans les territoires », selon l’observatoire. A contrario, les territoires dits « wagons » marqués par une très forte dépendance aux revenus publics, sociaux et aux pensions de retraite en raison d’un fort vieillissement de leur population, seraient moins impactés, ces revenus faisant office d’amortisseurs de la crise 3. À l’échelle des Pays de la Loire (cf. carte 1), l’observatoire estime ainsi que la situation est plutôt hétérogène, avec des territoires très exposés, sur le littoral vendéen par exemple et d’autres, à l’inverse, qui apparaissent davantage protégés (Angers, Châteaubriant, Challans ou La-Roche-sur-Yon).

Malgré tout, « certains territoires vont être plus résilients que d’autres » et l’Observatoire estime que, si les locomotives sont plus exposées, elles devraient aussi être dotées des plus fortes capacités de rebond et repartir plus vite que les territoires wagons. Pour les experts de l’Observatoire, « il y aura un effet structurel et un effet local ». « On peut être certain par exemple que certains territoires touristiques, malgré leur mauvaise orientation sectorielle aujourd’hui, disposeront de ressources spécifiques – l’effet local – favorables qui permettront de compenser cette orientation structurelle initiale négative. » L’idée étant de suivre dans le temps ces données afin d’observer la capacité de rebond des territoires.

LE CHOC SUR L’EMPLOI

Après une première partie consacrée à la prospective, l’Observatoire a effectué une évaluation des impacts de la crise sur l’emploi salarié entre le premier et le troisième trimestre 2020. Il montre là encore des particularités par rapport à la crise de 2008. Premier constat : le choc de la crise sanitaire a été très rapide. Dès les quinze premiers jours, tous les territoires ont enregistré des pertes d’emplois. Ensuite, au deuxième trimestre, si la majorité des zones d’emploi ont continué d’enregistrer des pertes d’emplois, certaines se sont inscrits dans une dynamique positive de créations. À l’échelle des Pays de la Loire, on peut citer la zone de Châteaubriant, mais aussi une grande partie du littoral vendéen, ainsi que les zones de La-Roche-sur-Yon et de Fontenay-le-Comte. Enfin, au troisième trimestre, qui correspond au déconfinement, l’emploi redémarre quasiment partout. Mais là encore, on observe des spécificités locales avec des progressions de l’emploi plus dynamiques dans les zones d’Angers, Ancenis, Challans ou encore des Sables-d’Olonne. Cette dernière zone d’emploi constituant un cas particulier avec celle de Sablé-sur-Sarthe.

Elles sont en effet les seules en Pays de la Loire, et parmi les rares cas sur le plan national, a avoir créé des emplois entre le quatrième trimestre 2019 et le troisième trimestre 2020 (cf. carte 2) ! Pour l’Observatoire, cela montre bien que, déjà, les capacités de rebond apparaissent différenciées selon les territoires. Des dynamiques là aussi à suivre dans les prochains mois…

 

  1. L’ensemble des cartographies est accessible sur http://www.mapinaction.com/observatoire/
  2. Le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), l’Institut pour la recherche de la Caisse des dépôts, l’Association des DG des Communautés de France (ADGCF).
  3. Pour arriver à cette hypothèse, l’Observatoire a distingué d’une part les revenus productifs ou touristiques exposés à la crise et d’autre part les revenus plus abrités que sont les revenus publics (ceux des fonctionnaires), sociaux (prestations sociales hors retraites) ou résidentiels (pensions de retraite).