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Convention 21 : les entreprises s’engagent contre le réchauffement climatique

150 entreprises tirées au sort vont être invitées à plancher sur des solutions pour le climat dès l’été prochain. L’objectif de la Convention 21 est clair : impliquer le monde économique dans l’élaboration de schémas de transition écologique venus du terrain. Et apporter sa pierre à l’édifice en vue des élections législatives et présidentielle en 2022.

Convention 21

Convention 21 ©iStock

Après le temps de la consultation citoyenne, voici venu le tour des entreprises de phosphorer pour le climat et la biodiversité. Une démarche annoncée le 23 décembre dernier dans une tribune signée par Virginie Raisson-Victor, co-fondatrice du Lepac (Laboratoire d’études prospectives et d’analyses cartographiques), et présidente du Giec Pays de La Loire réunissant vingt chercheurs chargés d’évaluer les conséquences du réchauffement climatique et d’émettre des propositions.

La Convention 21 a tenu sa première réunion d’information ouverte en visio sur le réseau LinkedIn le 18 février, en présence de nombreux représentants d’entreprises. Présentés par Jérôme Cohen, président d’Engage1 qui co-pilote la Convention 21 avec Virginie Raisson-Victor, les enjeux de cette initiative ne sont pas minces. « L’idée fondamentale est de partir du postulat qu’on accuse souvent, parfois à juste titre, les entreprises de ne pas en faire assez pour le climat, précise Jérôme Cohen. Or, elles peuvent jouer un rôle prépondérant pour lutter contre le dérèglement climatique, et représenter même aujourd’hui une partie de la solution. »

DES NANTAIS IMPLIQUÉS DANS LA DÉMARCHE

Tirées au sort par la Convention 21, 150 entreprises situées en France vont ainsi plancher pendant six mois pour faire émerger des solutions et établir une feuille de route pour leur mise en œuvre. Trois collèges ont été définis, pour ne pas réserver ce travail aux chefs d’entreprise, mais l’étendre à toutes les parties prenantes. « Nous souhaitions faire participer tout ce qui “ fait l’entreprise ”, précise Jérôme Cohen. Les chefs d’entreprise, les salariés avec leurs représentants (syndicats notamment), les actionnaires et investisseurs. » Avec un agenda qui dépendra de l’évolution de la crise sanitaire, mais dont les travaux « devraient commencer juste avant l’été, ou juste après, en fonction ».

Présentes à ce premier « live », des entreprises nantaises notamment sont intéressées par la démarche. Et pour cause, sourit Lionel Fournier, président de l association DRO (Dirigeants responsables de l’Ouest), qui n’est pas pour rien dans cette initiative. « Finalement, nous avons déjà, en quelque sorte, expérimenté la convention citoyenne », indique-t-il. En lançant onze chantiers avec l’objectif de diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, DRO a en effet déjà fait émerger des propositions venues du terrain. « Virginie Raisson avait participé à notre Université de l’économie responsable, se souvient-il. Elle avait été très intéressée par notre approche et nous avait dit : c’est cela qu’il faudrait faire ! Avec Jérôme Cohen, ils sont revenus nous voir en novembre 2020 et nous ont annoncé que leur projet de convention était élaboré. » Aujourd’hui, DRO fait partie du comité consultatif de la Convention 21, qui travaille à l’initiation et à la préfiguration du programme. Un autre comité, à vocation de conseil scientifique et éthique, est « garant du process, ainsi que du fond, précise Jérôme Cohen. Nous sommes particulièrement vigilants sur l’indépendance du comité. »

Tout au long des six mois à venir, les entreprises trouveront les moyens de s’informer et d’affiner leurs connaissances sur les enjeux climatiques, grâce à des interventions d’experts sur différents sujets. « Il manquait un dialogue de toutes les parties prenantes pour faire émerger un cadre et permettre aux entreprises d’aller beaucoup plus vite dans leur transformation. Nous viendrons les nourrir en connaissances et expertises, avec des live d’experts, des kits pédagogiques, qui leur permettront de s’approprier les sujets », détaille Jérôme Cohen.

VEILLER À L’INDÉPENDANCE

Éviter l’influence de lobbys ou de toute autre instance politique ou économique est un des points de vigilance affiché. « Nous sommes sensibles à la pluralité des acteurs qui doivent représenter l’ensemble du tissu économique français. Pour le financement (dont le montant n’est pas encore communiqué) le comité ne fera pas appel au sponsoring mais sollicitera d’une part les partenaires institutionnels (conseils régionaux, métropoles…) et d’autre part l’ensemble des citoyens ou entreprises par le biais d’un crowdfunding. » Avec des dons anonymes.

Indépendance et pluralité d’acteurs, voilà qui convient à Lionel Fournier, également en phase avec le principe du tirage au sort. « C’est essentiel de partir d’entreprises non volontaires a priori qui seront amenées à trouver des solutions après avoir été informées et formées. » D’autant que, comme le reprend Jérôme Cohen, le tirage au sort fera que « ces entreprises pourront être aussi bien climato-sceptiques, convaincues ou déjà sur le chemin de la transformation. »

La représentativité des entreprises est un thème auquel Khadija Nemri, qui pilote le développement d’activité de Toovalu et qui a assisté au premier live, est particulièrement attentive. Cette start-up nantaise propose une solution logicielle pour permettre aux entreprises d’évaluer leur bilan carbone et les accompagne vers une transition bas-carbone. « Il faudra que les secteurs les plus pollueurs, comme le transport ou l’énergie soient représentés, ainsi que des entrepreneurs faisant en quelque sorte partie du “ nouveau monde ”, comme ceux des quartiers prioritaires de la ville ou qui exercent dans de nouveaux secteurs d’activité, comme le numérique. Mais ce qui me semble intéressant c’est que la démarche concerne bien l’entreprise en tant que collectivité, pas uniquement les dirigeantes ou dirigeants… » Lancé dans les prochaines semaines, le crowdfunding devrait donner un premier aperçu de l’intérêt pour cette initiative. L’objectif clairement affiché étant d’être prêt pour les échéances électorales, législatives et présidentielle, afin d’inciter les candidats à porter des solutions dans le cadre de leur campagne.

 

1 – Engage est une association qui s’est donnée pour mission « d’accompagner les acteurs privés, publics et les citoyens à relever les grands défis de notre siècle »