La France a perdu plus de deux millions d’emplois industriels en quarante ans. Comment l’expliquez-vous ?
La désindustrialisation débute à la fin des années 1970, dans les secteurs très exposés aux coûts après les chocs pétroliers, comme la sidérurgie. Ensuite, l’emploi industriel décroche sous l’effet de plusieurs mécanismes. D’abord, les gains de productivité liés à l’automatisation et la robotisation, particulièrement marqués à partir des années 2000. Ensuite, les fermetures de sites, les délocalisations ou la substitution par des concurrents étrangers. Et enfin, l’externalisation, avec des métiers autrefois dans le périmètre industriel (maintenance, nettoyage, logistique, sécurité) transférés vers des entreprises de services.
La pandémie de Covid-19 a-t-elle marqué un tournant dans la prise de conscience des fragilités industrielles ?
Elle a rendu visibles des dépendances qui, en réalité, étaient déjà identifiées. Je vois trois prises de conscience en France : 2008, avec la crise financière, qui mène aux États généraux de l’industrie ; 2012, avec les réflexions sur la compétitivité qui débouchent sur le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) ; et 2020, avec la pandémie. À l’époque, on constate des ruptures d’approvisionnement et une dépendance forte. Des principes actifs sont produits hors d’Europe, les tensions se multiplient sur les respirateurs et sur les équipem…