Couverture du journal du 25/09/2020 Consulter le journal

« On se met au service de l’économie »

Hassiba KAABECHE, directrice régionale de la Banque de France

Avec cette crise, de quelle manière la Banque de France se mobilise-t-elle auprès des entreprises ?

Nous assurons la continuité de nos services auprès des entreprises. Nous sommes en contact avec elles de deux manières. D’une part, via la plateforme AlloPME assurée par la CCI, qui est aujourd’hui un point d’entrée unique pour répondre aux entreprises. En fonction de leurs questions, elles sont orientées vers différents partenaires en mesure de leur apporter leur aide et la Banque de France est un de ces partenaires. 

D’autre part, on reçoit aussi des appels directement d’entrepreneurs, de chefs d’entreprise, qui nous sollicitent pour une orientation, un accompagnement, via nos numéros verts (lire l’encadré, NDLR). Nous recevons un volume d’appels bien supérieur à ce que nous enregistrions il y a un mois, mais, aujourd’hui, un chef d’entreprise a surtout besoin de savoir comment il va régler ses salariés à la fin du mois, il a besoin d’un crédit court terme et se tourne donc plutôt vers sa banque. Ou vers l’administration qui gère les cotisation sociales et fiscales et l’activité partielle. En revanche, cette hausse du volume d’appels montre que les chefs d’entreprise ont besoin d’être orientées. C’est important qu’ils connaissent tous les dispositifs et à la Banque de France, il y a un correspondant TPE-PME dans chaque département, qui connait bien l’ensemble de l’écosystème ainsi que tous les dispositifs de financement. On peut orienter vers une organisation ou une autre.

Vous avez aussi un rôle de médiateur du crédit. Comment agissez-vous ?

C’est le deuxième volet de notre accompagnement. Aujourd’hui, la médiation du crédit n’explose pas et je ne m’attends pas à ce que ce soit le cas dans les prochaines semaines. Je n’ai aucun doute sur l’engagement des banques à accompagner les entreprises dans la période difficile qu’elles rencontrent et Bpifrance est là aussi pour apporter sa garantie. Face aux difficultés, la première réponse – et c’est ce que nous disons aux entreprises -, est d’abord d’aller voir leur banquier. En revanche, en sortie de crise, quand nous serons dans la période de rebond, il pourrait y avoir des difficultés si la banque vient à réduire une ligne, si elle refuse un report de crédit… Nous serons là, dans tous les départements, je suis moi-même le médiateur délégué pour la Loire-Atlantique. Et nous sommes extrêmement réactifs : dans les 48 heures, nous reprenons contact et voyons comment traiter la situation. Nous sommes dans la recherche de solutions entre banquiers et entreprises. Sachant que, d’après notre historique sur les dernières années, deux dossiers sur trois aboutissent favorablement : on trouve une solution.

Au niveau national, une tendance à la cessation ou au retard de paiement a été constatée. Quelles actions sont prévues ?

On ne veut pas que les délais de paiement se détériorent, car s’ils s’allongent, cela peut mettre en péril une entreprise qui attendait un règlement pour payer ses salariés et payer elle-même ses fournisseurs et cela conduirait à de grosses difficultés pour l’économie. 

Des entreprises qui refusent de régler dans les délais leurs fournisseurs pour préserver leur trésorerie, ce n’est pas acceptable. Avec des comportements anormaux, on risque de gripper tout le crédit inter-entreprises, alors que les moyens sont là, les liquidités sont là, les mesures gouvernementales sont là. C’est pourquoi la Banque de France a réagi et a créé un comité de crise le 23 mars, avec une première réunion dès le 26. L’objectif de ce comité est d’identifier ces situations et de trouver rapidement des solutions. Les fédérations professionnelles en sont membres et sont des relais puissants auprès des entreprises.

Au niveau régional, si nous observions des comportements anormaux, nous les ferions remonter. J’ai mobilisé tous les médiateurs délégués, ainsi que les correspondants TPE-PME de la région en leur demandant d’être extrêmement vigilants et de faire remonter les problèmes. Mais, pour le moment, nous n’avons pas observé de situation critique en Pays de la Loire et je suis relativement sereine. Si tout le monde joue le jeu, il n’y a pas de raison qu’on ne s’en sorte pas très bien. C’est une question de solidarité. Nous ne pourrons nous en sortir que si on nous sommes solidaires.

Quelle incidence cette crise aura-t-elle sur la cotation des entreprises ?

La cotation Banque de France est à dire d’experts. Elle établit un diagnostic sur la capacité de l’entreprise à faire face à ses échéances à horizon de deux, trois ans. Ce que nous devons apprécier dans notre méthodologie, c’est l’impact de cette crise temporaire. Nos experts sont en train d’examiner les modalités et l’approche de notre cotation. Il y a un certain nombre de critères que nous devons prendre en compte, comme la durée et la profondeur de la crise. Aujourd’hui, à ce stade, je ne peux donc pas donner notre position.

En revanche, ce que je peux dire c’est que toute entreprise qui fait plus de 750 k€ de chiffre d’affaires pourra bénéficier, durant cette période de crise, d’un diagnostic financier simplifié gratuit qui peut lui permettre de connaître ses zones de fragilité et de préparer la sortie de crise, en établissant éventuellement un plan de trésorerie, un prévisionnel. Nous complétons ainsi notre dispositif d’accompagnement.

Quel est votre ressenti aujourd’hui face à cette crise ?

Elle est d’une certaine intensité, mais si on préserve l’outil de production, lorsqu’on en sortira, cela permettra de repartir dans de bonnes conditions. L’ampleur du rebond en dépendra. Et si notre action permet d’aider une centaine d’entreprises dans la région, c’est déjà ça. On se met au service de l’économie.

Contacts

En cas de problème de financement, pour contacter la médiation du crédit, un numéro vert : 0 810 00 12 10

Pour toute question, conseil, orientation, contactez les correspondants TPE-PME de la Banque de France : 0 800 08 32 08 ou tpme44@banque-france.fr