Couverture du journal du 30/09/2022 Consulter le journal

La Vendée loge ses internes pour remédier à la pénurie médicale

Pour enrayer la problématique de désertification médicale en Vendée, municipalités et Département s’associent pour proposer des colocations meublées à prix modéré aux internes en médecine. Objectif : les attirer pendant leurs stages et les inciter à s’installer ensuite en Vendée. La Roche-sur-Yon est la cinquième commune à signer cette charte d’hébergement.

La Roche-sur-Yon

La Ville de La Roche-sur-Yon est le cinquième territoire vendéen à signer la charte d’hébergement des étudiants en médecine. Au premier plan : cinq des internes hébergés depuis mai dernier © IJ

Territoire attractif et dynamique, la Vendée est pourtant touchée par la désertification médicale : 16 % des 675000 habitants n’ont aujourd’hui pas de médecin traitant, soit 108 00 personnes. Et cela concerne aussi bien les zones rurales qu’urbaines. Sur les 17 cantons que compte le département, huit présentent une densité médicale inférieure à 6,5 médecins pour 10 000 habitants alors que la moyenne nationale est de 9 pour 10 000.

Face à l’urgence, et bien que la santé ne relève pas de leurs compétences mais de celles de l’État, les collectivités locales se mobilisent en faveur de la démographie médicale. En novembre 2021, le Conseil départemental de la Vendée fut ainsi la première collectivité de France à signer la charte des hébergements territoriaux rédigée par trois syndicats des étudiants de santé. Après Les Herbiers, Les Sables d’Olonne, Luçon et Fontenay-le-Comte, la Ville de La Roche-sur-Yon vient à son tour de s’engager. Au total, 19 places sont disponibles sur l’ensemble du département via ce dispositif, dont sept dans la ville-préfecture. Située à proximité des services en centre-ville, chaque colocation est entièrement équipée, dispose de chambres individuelles, d’un espace commun et d’un loyer modéré. « En facilitant l’accès à des logements de qualité, l’objectif est d’attirer des internes et de les inciter à s’installer », explique Luc Bouard, maire de La Roche-sur-Yon.

ENVISAGER SON LIEU DE STAGE COMME UN LIEU DE VIE

En effet, dépendant de la faculté de médecine de Nantes, les internes en poste en Vendée effectuent des stages successifs de six mois dans différents services hospitaliers ou auprès de médecins généralistes, tout au long de leur internat (entre trois et cinq ans). La Vendée en accueille actuellement 154 dont 91 à l’hôpital et 63 chez un généraliste. En moyenne, chaque année, ce sont près de 300 internes qui passent par la Vendée. « Souvent ils ne connaissent leur lieu de stage que trois semaines avant leur départ. Ce qui laisse peu de temps pour trouver un hébergement, surtout dans un marché locatif tendu », indique Patricia Murail-Gendreau, conseillère municipale à l’attractivité médicale à La Roche-sur-Yon. « Pour beaucoup, c’est difficile de lâcher leur appartement à Nantes où ils font leurs études, sans savoir où ils seront le semestre suivant », précise Nicolas Chénéchaud, conseiller départemental délégué à la démographie médicale.

DES AIDES INCITATIVES

« Faire un stage loin de Nantes et payer un second loyer, c’est compliqué, témoigne Manon. Là, le loyer est modeste (350 € charges comprises, 200 € une fois l’aide au logement du Département versé, NDLR) et j’évite des aller-retours fatigants.» En première année d’internat, Romane ignore encore si elle s’installera à La Roche-sur-Yon. Mais elle a une certitude: cette colocation yonnaise lui permet « d’envisager la ville pas uniquement comme un lieu de travail mais comme un lieu où il fait bon vivre ».

Pour aider les collectivités à créer des logements de qualité pour les internes, le Département verse une subvention de 10 000 € pour les meubler. À cela, s’ajoute une bourse à l’hébergement de 900 € par semestre de stage, alloué à chaque interne en Vendée qui en fait la demande. En 2021, 72 ont pu en bénéficier.

De son côté, la Ville de La Roche-sur-Yon octroie depuis octobre 2021 une bourse de 600 € bruts par mois aux étudiants en médecine de la troisième à la neuvième année. En contrepartie, ils acceptent de s’y installer à la fin de leurs études. Quatre internes en bénéficient à ce jour. Une jeune médecin issue de cette première promotion ouvrira son cabinet cet automne. « Nous souhaitons que nos internes se sentent bien à La Roche, qu’ils apprennent à apprécier la ville, ses atouts culturels et ses équipements sportifs», souligne Luc Bouard. Dans l’attente de l’ouverture en 2023 du nouvel internat, à proximité du centre hospitalier départemental, le maire espère réussir à louer d’autres logements de ce type pour inciter les internes à venir faire leur stage dans sa commune.

 

DES ACTIONS diversifiées

Le Département appuie sur d’autres leviers pour lutter contre la désertification médicale. Lancée en novembre 2021, la ligne “Allo installation” propose un accompagnement généralisé à tous les médecins souhaitant s’installer en Vendée : aide pour trouver un logement et un cabinet médical, emploi du conjoint, accès à la crèche…

S’appuyant sur une étude faisant le lien entre le nombre de maîtres de stage universitaires et la démographie médicale, le Département organise du 27 au 29 octobre prochains à La Roche-sur-Yon, une première session de la formation “Maître de stages en universitaire”. Objectif : donner aux professionnels de santé les clés pour encadrer les internes lors de leur stage en cabinet. L’étude du professeur Bayen a en effet démontré qu’un encadrement de qualité favorise non seulement l’augmentation de la densité de médecins généralistes sur un territoire mais améliore aussi son attractivité.

 

  1. Il s’agit des cantons de Luçon, Les Sables d’Olonne, Mareuil-sur-Lay-Dissais, Chantonnay, Fontenay-le-Comte, La Châtaigneraie, Les Herbiers, Talmont-Saint-Hilaire et Aizenay.
  2. L’Association nationale des étudiants en médecine en France, l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes en médecine générale et l’Intersyndicale nationale des internes.
  3. L’ancien site a fermé en 2019 pour cause de vétusté.
  4. Étude réalisée entre 2018 et 2021 par le Professeur Marc Bayen, également président du Collège national des généralistes étudiants.